Documentaire sur Roger Chaput (Feat. Django Reinhardt)

Le guitariste de jazz Gilles Rea vient de réaliser un documentaire sur Roger Chaput, guitariste ayant notamment joué dans le Hot Club de France. Visible sur Youtube et richement illustré par de nombreux documents d’époque, ce documentaire est en grande partie basé sur un enregistrement réalisé par Dominique Cravic. Ne vous étonnez donc pas si le visuel du film ci-dessus a des réminiscences d’iconographie primitive et futuriste à la fois (comprenne qui pourra).

Il s’agit donc d’un témoignage sur cassette audio dans lequel Roger Chaput, véritable titi parisien, raconte sa carrière de musicien. Remise en contexte, anecdotes savoureuses, astuces du « métier », évocation de Django Reinhardt… Découvrez-le ici sur Youtube.

Pensez aussi à visiter le site de Gilles Rea (mine d’or pédagogique autour de la guitare jazz proposant de nombreuses transcriptions) et à soutenir ses initiatives en faisant un don.

French jazz guitarist Gilles Rea has just finished a documentary about Roger Chaput, former Quintette of the Hot Club of France member. Available on Youtube, this documentary is illustrated with heaps of documents from the musette and swing era. It is based on an audio recording of Roger Chaput made by another guitarist, Dominique Cravic (leader of the famous Primitifs du futur band).

In this audio cassette recording, Roger Chaput tells about his career as a musician with a delicious parisian accent (french speakers will appreciate). Context, anecdotes, musician tips and tricks, memories of Django Reinhardt… You can watch it on Youtube.

Please also visit Gilles Rea’s website (a jazz guitar material goldmine, with heaps of transcriptions) and to support him by making a donation.

Photos et documents inédits de Django Reinhardt !

DJango Reinhardt et Dizzy Gillespie à Bruxelles, la rose noire en 1953

1. Des découvertes régulières

On ne se lassera jamais et l’on ne cessera de s’étonner que la source de documents inédits (ou exhumés) concernant Django Reinhardt ne soit pas encore tarie. L’artiste est décédé en 1953 et pourtant, régulièrement, des photos continuent à refaire surface pour la plus grande joie des aficionados et des collectionneurs. Hélas, à l’instar de Charlie Parker, les découvertes de nouvelles images filmées restent aussi rares qu’une pluie dans le désert d’Atacama. Bref, les photos, disions-nous… Voici une série d’inédits mis au jour depuis l’été 2020 et janvier 2021.

We will never be bored nor stop being astonished that previously unseen or rare Django Reinhardt documents’ well still didn’t dried up. The arstist died in 1953 and yet, regurlarly, photos keep resurfacing to the greatest delight of fans and collectors. Alas, as for Charlie Parker, finds of new film footage remain as scarce as rain in the Atacama desert. Here is a series of previously unseen documents discovered beetween summer 2020 and january 2021.

2. Photos inédites de Django Reinhardt

Commençons par cette photo vue par Guillaume Lesigne sur Ebay en mars 2021 et qui représente Django Reinhardt, tout sourire devant l’affiche de son concert imminent au cinéma Le Cameo, 32 Boulevard des Italiens dans le neuvième arrondissement de Paris. Le grain de la photo, de mauvaise qualité, pourrait laisser penser à photo d’écran ou à une image tirée d’un film. Quoiqu’il en soit, voici le cliché d’un artiste aux anges et au faîte de sa gloire. En cette période d’occupation, Django Reinhardt était un artiste des plus populaires aux côtés d’Edith Piaf ou de Maurice Chevalier.

Photo du nouveau Quintette du Hot Club de France sur la scène du Cameo, le 22 février 1944. Django Reinadt joue sur sa guitare Selmer et on reconnaît notamment Emmanuel Soudieux à la basse.

Passons maintenant à un contexte beaucoup plus décontracté et familial. Merci à Pierre Vées qui a diffusé sur les réseaux sociaux ce cliché privé de Django aux côtés de la famille de Tchavolo Vées (frère d’Eugène « Ninine » Vées).

Thanks to Pierre Vées who shared on social networks this photo of Django alongside Tchavolo Vées’ family. Tchavolo was Eugène « Ninine » Vées’ brother.

A présent, attardons-nous sur cette photo découverte par le guitariste Jan Brouwer, publiée sur un site consacré au batteur Al Jones. Ce cliché témoigne d’une rencontre qui mériterait d’inventer la machine à remonter le temps. Il a été pris à la rose noire, club de jazz bruxellois, en mars 1953. Ce club se situait Petite rue des bouchers, à deux pas de la grand place. Il accueilli les plus grands jazzmen de passage à la capitale belge : Count Basie, Charlie Parker, Clifford Brown, Roy Eldridge… ainsi que Dizzy Gillespie et Django Reinhardt. On savait (photo à l’appui) que Django avait rejoint Dizzy sur scène pour jouer « Perdido ». La configuration de cette photo est clairement différente de celle du concert de Gillespie.

Les acolytes ont-ils jammé au club après le concert de Dizzy ? Etait-ce dans le cadre d’une programmation à « la rose noire » ? S’étaient-ils revus lorsque Gillespie a joué quelques semaines auparavant, le 9 février, à Paris (Salle Pleyel) ?

Let’s now take the time to look at this picture discovered by guitarist Jan Brouwer on a website dedicated to the drummer Al Jones. This photo is a testimony of an encounter worth the invention of a time machine. It was taken at « la rose noire » (the black rose), Brussels jazz club, in March 1953. This club was located Petite rue des bouchers, close to the main square. It welcomed the greatest jazz musicians that toured the Belgian capital in the 50’s: Count Basie, Charlie Parker, Clifford Brown, Roy Eldridge… as well as Dizzy Gillespie and Django Reinhardt. We knew (photo supported) that Django had joined Dizzy on stage to play « Perdido » during one of the trumpettist’s concert. The configuration of the venue is clearly different to the one of the Gillespie concert. Did they jam in this club after Dizzy’s concert? Was it for a gig? Did Django and Dizzy met when Gillespie played at the Salle Pleyel in Paris a few weeks before on february 9th?

3. Articles et interviews

Remercions à présent Antoine « Gatsby » du site « djangoreinhardtdanslapresse » d’avoir déniché ces documents oubliés depuis leur parution ! Ils ont été publiés par le site Gallica de la Bibliothèque Nationale de France. N’hésitez pas à aller y jeter un oeil pour puisque les découvertes sont encore possibles !

Voici tout d’abord un article réjouissant, avec photo, paru dans « Compagnons » le 10 septembre 1942 :

Let us now thank Antoine « Gatsby », from the « djangoreinhardtdanslapresse » website, for finding these documents, never seen again since their publication! They were published by Gallica, the Bibliothèque Nationale de France (French national library) website. Don’t hesitate to take a look at it since discoveries are obviously still possible!

First, here is a delightful article, with a photo, published in « Companions » on september 10th, 1942:

Ensuite, un cliché de Django et son premier fils Lousson, s’amusant avec un 3e homme. Lousson joue sur une guitare à 4 cordes. On devine l’emblème des Etats-Unis sur le mur. Paru en 1948.

Now for a picture of Django and his first son Lousson, having fun with a third man. Lousson is playing a four stringed guitar. We can see a part of the United Sates emblem on the wall. First published in 1948.

4. Un document exceptionnel – le programme du premier festival de Jazz au monde, autographié par les légendes du jazz.

Ce programme du festival de jazz de Nice de 1948 (premier festival de jazz au monde !) à de quoi faire rêver… On y reconnaît, entre autres, les signatures de Louis Armstrong, Django Reinhardt, Stéphane Grappelli, Hugues Panassié, Mezz Mezrow, Baby Dodds, Lucky Thompson…

This 1948 Nice Jazz festival program (first ever jazz festival in the world!) is something to dream of… We can identify, among others, the signatures of Louis Armstrong, Django Reinhardt, Stéphane Grappelli, Hugues Panassié, Mezz Mezrow, Baby Dodds, Lucky Thompson…

D’où vient le nom du morceau « R26 » ?

Cette photo a été prise chez Robert et Madeleine Perrier à Montmartre, sur l’actuelle place Marcel Aymé. Robert et Madeleine étaient les parents de Jacotte Perrier qui avait chanté et enregistré quelques titres, durant son enfance, avec le Quintette du Hot Club de France. « Ric et Pussy« , « Les salades de l’oncle François« … Un répertoire destiné au jeune public.
. L’appartement était au sixième et dernier étage. Le Quintette venait y répéter de temps en temps. Robert et Madeleine Perrier y donnaient souvent des fêtes. Mode, musique, peinture… une communauté entière d’artistes et de créateurs laissaient libre court à leur fantaisie dans la bonne humeur la plus totale. Stéphane Grappelli aimait s’installer au piano, en duo avec la guitare de Django. Ce dernier, on le sait, parlait très peu mais la rareté de ses mots était semble-t-il compensée par un rire aux éclats irrésistibles et communicatifs. C’est du moins de cette façon que Jacotte nous l’a remémoré.

Ce point de rendez-vous avait donc pour adresse la place Marcel Aymé (où trône une statue du Passe-muraille réalisée par Jean Marais). La rue portait un autre nom à l’époque (rue Norvins) et l’immeuble portait le numéro 26. Chez Robert, au 26. Ainsi fut nommé le morceau « R26 » !

Jacotte Perrier a vécu là toute sa vie. Durant les beaux jours, elle laissait les fenêtres ouvertes et un moineau du quartier lui rendait souvent visite. Sa coupelle de graines l’attendait dans le salon. J’ai eu la chance de la rencontrer avec Didier Portal et Alain Antonietto. Elle chérissait cet appartement, encore rempli d’oeuvres des grands artistes de Montmartre. Gen Paul était leur voisin tout comme Maurice Utrillo et tant d’autres… Chaque année, des étudiants étrangers résidaient chez Jacotte Perrier qui avait à coeur de les initier à la culture française.
Après l’avoir interviewée et discuté avec elle, nous lui avions fait visionner le court-métrage « Jazz Hot » qu’elle n’avait jamais vu. Elle fut très émue et à la fin se tourna vers nous, les larmes aux yeux en confiant : « Vous m’avez rendu mes copains »…

Django par Gen Paul, voisin des Perrier à Montmartre.

The tune « R26 » was composed as a tribute to Robert Perrier. The photo shown above has been taken at Robert and Madeleine Perrier’s appartment (they were the parents of Jacotte, who sang as a teenager with the QHCF) in Montmartre, on the actual place Marcel Aymé.

This appartment was at the 6th floor, overlooking Paris from its very top. Robert et Madeleine used to give parties there, inviting many of their artist friends and accointances from the Paris scene: musicians, fashion designers, painters, poets. All of them could give their creativity and imagination free rein. Stéphane Grappelli loved to sit at the piano and play as a duo with Django’s guitar. The latter, as we know, was a man of few words but his lack of speech was compensated by contagious and irresistible laughters. Well that is how Jacotte remembered it with us.

So the adress of this meeting point was the place Marcel Aymé. Aymé was a french author whose most famous work was a book called the « Passe-muraille » (the « walk- through walls » man). Jean Marais (famous and handsome actor who were a long time the lover of french artist Jean Cocteau) made a sculpture of the « Passe-muraille » which is still present on this place but back in the days, the street was named rue Norvins. There you have it: the building was on the 26 rue Norvins. At Robert’s, 26 rue Norvins. That’s how « R26 » was named!

R26 Happy new year Django
The R-26 society New Year wishing card.

Jacotte lived there her whole life. During spring and summer, she used to let the windows opened so that a sparrow from the neighbourhood could visit her. A cup of seeds was waiting in the living-room for this bird. I had the luck to meet Jacotte with director Didier Portal and chief djangologist Alain Antonietto. She cherished this appartment, still filled with masterpieces from Montmartre’s great artists. Gen Paul was her neighbour as well as Utrillo and many others… Every year, foreign students were staying at Jacotte’s who was dedicated to teach them about french culture.

After having interwied and chatted with her, we made her watch the short movie « Jazz Hot » which she had never seen before. It moved her deeply and she then turned to us, her eyes moisted with tears, saying: « You brought me my friends back ».