La liste des luthiers de guitare manouche

Photo de guitares manouches en construction sur un établi gypsy guitars being built

Après de nombreuses années dans le monde du jazz manouche, j’ai pensé qu’il serait utile de recenser tous les noms de luthières, luthiers et marques ayant fabriqué ou fabriquant actuellement des guitares dites « manouches ». Tous ? En tout cas le maximum.

Après de longues recherches, voici la liste que j’ai pu établir. Evidemment et pour notre plus grand plaisir, cette liste évolue et va continuer à s’étoffer.

N’hésitez pas à laisser un commentaire pour signaler tout nom qui aurait échappé à ma vigilance. Vous trouverez tous les luthiers et marques de guitare manouche à travers le monde que j’ai pu recenser.

La liste contient les luthiers disparus, vivants, actifs ou pas. Les noms sont classés par nom de famille. Les liens disponibles seront ajoutés au fur et à mesure.

Que le swing soit avec vous !

Photo d'un établi de luthier de guitare manouche ou gypsy guitar, zoom sur cordier, copeaux de bois, sillet en os

Le documentaire d’Henri Selmer Paris sur l’histoire de ses guitares et de Django Reinhardt annonce-t-il une nouvelle fabrication ?

Titre "Selmer guitars history & heritage" sur fond gris avec une caisse de guitare en fiigrane

Pour fêter son 140e anniversaire, la maison Henri Selmer France a produit un documentaire en 6 parties visionnable sur Youtube et les réseaux sociaux. Il met à l’honneur ses légendaires guitares développées par Mario Maccafferri et popularisées par Django Reinhardt.

L’histoire des guitares Selmer

Longtemps mise de côté et considérée comme anecdotique par une des plus grandes maison d’instruments à vent du monde, la production des guitares Selmer est superbement mise en valeur dans cette série documentaire, pour le plus grand bonheur des amateurs de lutherie guitare, de Django et de jazz manouche.

A travers divers témoignages de spécialistes, de luthiers, de musiciens et de documents d’archives, Selmer nous fait revivre les innovations, les techniques de fabrication et les artistes qui ont fait entrer ces guitares dans la légende.

A découvrir d’urgence que vous soyez néophyte ou complètement mordu ! Voici une belle initiative à saluer de la part de ce fabricant qui avait étrangement négligé de valoriser ce glorieux passé depuis des décennies, laissant le champ libre a des légions d’imitations copiant sans vergogne le design, l’accastillage et même le logo des guitares Selmer.

De nouvelles guitares Selmer en fabrication ?

Enfin, attention scoop : cette série de mini-documentaires serait un prémice à l’annonce d’une production officielle de guitares ! Quelques artistes auraient étés approchés pour en faire la promotion et la fabrication aurait été confiée à un(e) ou plusieurs luthiers français. Un nouveau cordier aurait été dessiné pour l’occasion. Au niveau des tarifs, on en sait pas plus pour le moment. Des rumeurs indiquent des prix très élevés mais ce n’est que spéculation et il en est de même concernant le type de production : ces guitares seraient-elles produites en série ou en édition limitée ? Un indice pourrait se trouver dans le fait que Henri Selmer Paris a déjà produit certains instruments en édition limitée pour ce 140e anniversaire : saxophones alto, tenor, clarinette Sib et becs.

Il y a une quinzaine d’années de cela, un des héritiers Selmer caressait le projet de refabriquer en série ces mythiques guitares, en les déclinant en deux gammes : un modèle dans les 1500 euros (équivalent au prix des originales) et un modèle de luxe dans les 2500/3000 euros. Une stratégie qui aurait été payante a coup sûr en pleine mode du jazz manouche. Quand on regarde aujourd’hui la qualité d’instruments asiatiques fait à la main ou en atelier de type Eastman ou Alatamira, cela pourrait être une idée toujours très convaincante.

Nous saurons bientôt ce qu’a décidé de faire Henri Selmer Paris. Si la série est limitée, il n’y en aura pas pour tout le monde. Espérons que cela ne sera pas réservé qu’à de riches collectionneurs qui accrocheront çà au mur de leur salon à côté de leurs Selmer vintage à 25 000 euros… Du temps de leur heure de gloire, les guitares Selmer affichaient un prix non négligeable correspondant à un certain niveau de qualité mais restaient accessibles aux musiciens.

En attendant, régalons-nous avec ce beau documentaire et merci au passage à Henri Selmer Paris d’avoir mentionné le coffret 3CD Retrospective Django Reinhardt 1934-53 dans le générique !

History of Selmer guitars

Brand new Selmer guitars to come?

Django Reinhardt : nouvelles photos inédites depuis 1947 !

Django Reinhardt et son frère Joseph jouent au Jimmy's bar au milieu des tables en décembre 1947.

C’est une découverte extraordinaire : j’ai le plaisir de vous présenter en exclusivité des photos de Django Reinhardt totalement inédites, jamais vues depuis 1947. Merci à Guillaume Dambier pour ce partage.

Une piste pour des photos inconnues de Django

Elles ont pu être mises au jour le mois dernier après une demande auprès du fils du photographe Georges Dambier via le site dédié à son oeuvre... Cette enquête faisait suite à une information collectée grâce à Daniel Richard dans le cadre de ses recherches sur Eddie et Nicole Barclay. Elles lui ont permit d’identifier l’auteur d’un cliché connu de Django Reinhardt. En remontant le fil à partir de là et en recoupant avec une autre mention figurant sur un cliché déjà publié sur ce site, ces photos ont pu être retrouvées dans les archives de M. Dambier dont elles ne sont pas sorties depuis 77 ans !

Elles auraient été prises au Jimmy’s en décembre 1947. La photo ci-dessous où le premier fils de Django est présent ne serait peut-être pas prise le même jour. Peu d’éléments subsistent pour une datation et une location précise mais toute nouvelle information sera mise à jour.

Django et son fils Lousson à la guitare au Jimmy's Dec 47
Django Reinhardt à droite et son fils Lousson au centre avec un inconnu. © Georges Dambier

Des photos inédites… et une guitare jamais vue !

Quel plaisir de s’imaginer à la place des convives de cette soirée. Ils ont eu droit à un concert privé de Django accompagné de son frère Joseph alias « Nin-Nin ». Ce dernier semble jouer sur une guitare aux éclisses en érable ondé voire pommelé qui pourrait être une Di Mauro si l’on en juge par la forme de la tête, caractéristique.

En revanche, Django joue pour sa part sur un modèle jamais vu et a priori totalement inconnu des experts ès guitares djangoesques ou copies Selmer Maccaferri. Autrement dit : on n’a jamais vu de documents figurant Django Reinhardt jouant dessus, ni personne d’autre ! Un instrument rare en soi.

Les 3 experts consultés lors de la rédaction de cet article n’ont pas pu l’identifier. Bien que la plaque de protection ou la rosace puisse évoquer Busato à certains, la forme particulière de la tête ne correspond pas à celles fabriquées par le luthier, que ce soit les archtop ou les copies Selmer. Idem pour Sonora et Buccolo, a priori. On peut cependant remarquer la présence d’un micro monté sur la guitare, très proche de ceux que pouvait installer Busato à cette période ou après. La présence de repères de touches rectangulaires encore très peu communs est également une caractéristique notable.

Une chose est sûre : si jamais cette guitare a appartenu à Django, il ne l’a pas conservé longtemps. Ce fut le cas de toutes ses guitares à part une maigre poignée, notamment sa fameuse Selmer 503 léguée par sa veuve Naguine au musée de la musique de Paris ou sa Busato conservée par Alain Antonietto.

Après la découverte récente de la Chouette d’Or, avis donc aux guitarologues : la chasse de la mystérieuse guitare blanche est ouverte !

Django Reinhardt et son frère Joseph jouent au Jimmy's bar au milieu des tables en décembre 1947.
Django Reinhardt et son frère Joseph jouent au Jimmy’s en décembre 1947 avec un invité mystère au « tam-tam de table » à droite. © Georges Dambier

This is an extraordinary discovery: I have the pleasure of exclusively presenting never-before-seen photos of Django Reinhardt, unseen since 1947. Thanks to Guillaume Dambier for sharing them.

A promising lead for previously unseen Django Reinhardt photos

They were uncovered last month after a request was made to the son of photographer Georges Dambier via the website dedicated to his work. This investigation followed information collected thanks to Daniel Richard as part of his research on Eddie and Nicole Barclay, which allowed him to identify the author of a well-known photo of Django Reinhardt. By tracing the thread from there, these photos were found in archives, where they had remained for 77 years!

They are believed to have been taken at the Jimmy’s bar in December 1947. Though, the photo featuring Django’s first son Lousson ‘is present and (playing the guitar), may not have been taken on the same day than the two others. Few details remain for precise dating and location, but any new information will be updated.

Previously unseen pictures… with an previously unseen guitar!

Just imagine the joy of being seated amlong the guests that evening. They were treated to a private concert by Django, accompanied by his brother Joseph, also known as ‘Nin-Nin.’ The latter appears to be playing a guitar with flamed or quilted maple sides, which could be a Di Mauro judging by the distinctive shape of the headstock.

Django, on the other hand, is playing a model never before seen and, at first glance, entirely unknown to experts on Django-style or Selmer Maccaferri replicas guitars. In other words, no one has ever seen Django Reinhardt playing it, nor anyone else! A rare instrument indeed.

The 3 experts consulted during the writing of this article were unable to identify it. The pickguard or the soundhole could suggest Busato, but the distinctive shape of the headstock does not match those made by the luthier, whether it be the Archtop models or the Selmer replicas. The same goes seemingly for Sonora and Buccolo. We can spot a pick-up on the guitar, ressembling those Busato would mount at this era or after. Another noticeable feature is the use of rectangular dot marks on the fretboard.

One thing is sure: if this guitar ever belonged to Django Reinhardt, he didn’t keep it for long. This was the case with all his guitars, except for a small handful, notably his famous Selmer 503, bequeathed by his widow Naguine to the Musée de la Musique in Paris, or his Busato, given to Alain Antonietto by one of Django’s sister.

After the recent discovery of the french « Chouette d’or » (« Golden Owl »), here is a new challenge, this time for guitar enthusiasts: the hunt for the mysterious white guitar is on! »

Django Reinhardt et son frère Joseph jouent au Jimmy's bar au milieu des tables en décembre 1947.
Django et son frère Joseph alias « Nin-Nin » jouent au milieu des tables du Jimmy’s. Django semble jouer un accord F6sus2(#11), à moins que ce ne soit un Bm#5/F ou tout simplement un Sol majeur basse de Fa… © Georges Dambier

Les 3 dernières séances d’enregistrements de Django Reinhardt rééditées en vinyle et en streaming chez Decca Records

Photo de la couverture et du disque Vinyle 33T Django Reinhardt "The last Be-Bop sessions" (P) & (C) 2024 Decca Records France

J’ai eu le plaisir de réaliser cette compilation pour Decca Records France. Elle sera disponible à partir du 27 septembre 2024 sur la plupart des plateformes de streaming mais surtout en vinyle 33 Tours avec une superbe travail graphique de Jean-Luc Barilla.

Elle sera disponible en magasin dans les pays suivants : France, Nederlands, Belgique, Deutschland, Österreich, USA, New-Zealand, Italia, Grèce Ελλάδα, Suisse, Canada, Polska, Taiwan 臺灣.

Montage de plusieurs images de la couverture, du dos et des rondelles du disque vinyle "The last Be-Bop sessions" de Django Reinhardt.
Vinyle 33T Django Reinhardt « The last Be-Bop sessions » (P) & (C) 2024 Decca Records France

Des terrasses de café aux bals musette, des clubs de jazz aux plus prestigieuses scènes d’Europe et d’Amérique, Django Reinhardt n’aura cessé d’éblouir le monde avec sa guitare.

Les titres ici réunis et remasterisés à partir des bandes originales constituent une des plus belles preuves du génie et de l’extraordinaire faculté d’adaptation du guitariste, probablement le seul jazzman à avoir évolué si brillamment du swing au be-bop sans jamais compromettre son identité artistique.

Entouré de la première génération de boppers français, mis en valeur par des techniques d’enregistrement modernes et un son de guitare amplifiée parfaitement maîtrisé, Django Reinhardt atteint son apogée comme improvisateur, virtuose et compositeur : explorations personnelles du blues (Deccaphonie), compositions avant-gardistes (Anouman), relectures bop de standards (Fine and Dandy, Crazy Rhythm…), chansons françaises (Le soir, Chez moi…) et classiques comme Nuages ou Manoir de mes rêves qui tiennent du chef d’oeuvre.

La gloire lui tendait à nouveau les bras grâce aux séances Blue Star de mars 1953, produites par Eddie Barclay à la demande de Norman Granz qui souhaitait le convier aux USA et l’intégrer aux mythiques tournées Jazz at the Philharmonic. Hélas, il décèdera peu après ces enregistrements, à 43 ans.

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I had the pleasure of making this compilation for Decca Records France. It will be available from September 27 (October 4th in the USA), 2024 on most streaming platforms but especially in 33 Tours vinyl with a superb graphic work by Jean-Luc Barilla.

It will be available in stores in the following countries: France, Nederlands, Belgique, Deutschland, Österreich, USA, New-Zealand, Italia, Grèce Ελλάδα, Suisse, Canada, Polska, Taiwan 臺灣.

From café terraces to musette ballrooms, jazz clubs to the most prestigious stages in Europe and America, Django Reinhardt has never ceased to dazzle the world with his guitar.

Although less familiar to the general audience, the tracks gathered and remastered here are among the finest proofs of the guitarist’s genius and extraordinary adaptability, probably the only jazzman to have evolved so brilliantly from swing to be-bop without ever compromising his artistic identity.

Backed by the first generation of French boppers, benefiting from modern recording techniques and a perfectly mastered amplified guitar sound, Django Reinhardt reached his peak as an improviser, virtuoso and composer : personal explorations of the blues (Deccaphonie), avant-garde compositions (Anouman), bop interpretations standards (Fine and Dandy, Crazy Rhythm…), french songs (Le soir, Chez moi…) and his own standards like Nuages or Manoir de mes rêves which are masterpieces.

Glory was once again reaching out to him thanks to the Blue Star sessions of March 1953, produced by Eddie Barclay at the request of Norman Granz who intended to bring him to the USA in oprder to join the legendary Jazz at the Philharmonic tours. Alas, he will pass away shortly after these recordings at 43.

Les nouveaux albums jazz manouche à paraître en 2023

Les amateurs de musique acoustique et de jazz manouche vont être servis en 2023, avec une avalanche de sorties par des artistes majeurs. En gros : cà va être un Noël prolongé et il y a fort à parier que vous trouviez votre bonheur parmi ce panel d’artistes !

Biréli Lagrène

Commençons par Biréli Lagrène qui, après l’excellent Solo suites paru en mai dernier, vient d’enregistrer avec la formation mythique du « Gypsy Trio ». Aux côtés de Diego Imbert et Hono Winterstein, le guitariste ré-interprète avec fraîcheur des compositions de Loulou Gasté. La sortie de Biréli Lagrène plays Loulou Gasté est prévue pour juin 2023. Elle va sans aucun doute susciter l’intérêt d’une grande partie de la communauté et au-délà…

Photo (c) Hono Winterstein

Steven Reinhardt et Angelo Debarre

Une autre équipe de choc, « familiale », menée par le virtuose Angelo Debarre et son neveu Steven Reinhardt, vient également de mettre en boîte un album. Ce projet est à paraître prochainement avec une équipe de haut vol : Benji Winterstein, Alban Chappelle, Thierry Chanteloup et Costel Nitescu. Ce disque a été pensé comme un hommage à Jean Coussantier, grand-père d’Angelo Debarre et artiste émérite.

Romane et Daniel John Martin

L’élégant duo composé de Romane et Daniel John Martin, poursuit sa collaboration avec un nouvel opus intitulé Papillons. L’inoubliable MC des jams des « Petits Joueurs », Daniel John Martin propose une série de compositions originales aux côté de Romane, pionnier du revival jazz manouche des années 90 et mélodiste raffiné qu’on ne présente plus.

Vous en voulez encore ?

Génération Django : Sébastien Giniaux, Romain Vuillemin, Fanou Torracinta, Edouard Pennes…

Aller, comme si tout cela ne suffisait pas, un projet « Django with strings » vient d’être enregistré avec une brochette de talents tout aussi impressionnante. Nous parlons là de Sébastien Giniaux, Fanou Torracinta et Romain Vuillemin aux guitares solos, accompagnés d’Edouard Pennes, Julien Cattiaux et un quatuor à cordes mené par Jules Dussap sur des arrangements d’une grande finesse…

Avec tous ces beaux projets, l’année 2023 s’annonce plutôt pas mal !

Biréli Lagrène

Let’s start with Biréli Lagrène who, after the excellent « Solo suites » released last May, has just recorded with the mythical formation of the « Gypsy Trio ». Alongside Diego Imbert and Hono Winterstein, the guitarist proposes his own rendition of compositions by Loulou Gasté. The release of « Biréli Lagrène plays Loulou Gasté » is scheduled for spring 2023. It will undoubtedly arouse the interest of a large part of the community and beyond.

Steven Reinhardt et Angelo Debarre

Another shock team , a « family » team, led by virtuoso Angelo Debarre and his nephew Steven Reinhardt, has also just recorded an album to be released soon with a high-profile line-up : Benji Winterstein, Alban Chappelle, Thierry Chanteloup and Costel Nitescu. This record has been conceived as a tribute to Jean Coussantier, grandfather of Angelo Debarre and talented artist.

Romane et Daniel John Martin

The elegant Romane and Daniel John Martin duo pursues its collaboration with a new opus called « Papillons » (Butterflies). Daniel John Martin, the unforgettable MC of « Les petits joueurs » jam sessions, brings original compositions to be played alongside Romane, pionneer of the 1990’s gypsy jazz revival and a fine melodist that needs no introduction.

Sébastien Giniaux, Romain Vuillemin, Fanou Torracinta

And as if all that was not enough, a « Django with strings » (final name will soon be revealed) project has just been recorded with a bunch of equally impressive talents: Sébastien Giniaux, Fanou Torracinta and Romain Vuillemin on solo guitars, backed up by Edouard Pennes, Julien Cattiaux, and a string quartet lead by Jules Dussap on fine arrangements…

No doubt that with all these exciting projects, 2023 is going to be rather cool!

« Miri Chterna », le nouvel album de Tchavolo Schmitt.

portrait de Tchavolo Schmitt avec une gapette sur la pochette de son disque Miri Chterna

L’inénarrable Charles « Tchavolo » Schmitt est de retour dans les bacs et sur les plateformes avec un nouvel opus, Miri Chterna.

Fils du vent s’il en est (le mot « bohème » est-il assez fort pour Tchavolo ?), l’alsacien compte une douzaine d’albums à son actif, en son nom ou en collaboration, dont le fameux Miri Familia paru en 2001 chez Djaz. Miri familia, Miri chterna… un petit air de cousinade flotterai-il dans l’air ? Après « Mélancolies d’un soir » avec Samy Daussat en 2014, Tchavolo reste fidèle à sa marque de fabrique : un style sec, incisif, épuré et viril, au swing implacable.

Cet album a été orchestré au pied levé par Edouard Pennes autour d’un concert au Duc des Lombards avec Tchavolo. Tchavolo l’insaisissable est dans les parages ? Pourquoi ne pas faire un beau disque ? Edouard Pennes est heureux membre et producteur du collectif Paris Swing. Il oeuvre également depuis de longues années au sein du RP Quartet. Guitariste redoutable qui n’a rien à envier aux cadors du style, c’est à la contrebasse qu’il accompagne ici Tchavolo. La guitare rythmique est pour sa part tenue par Julien Cattiaux, un « pompiste » de plus en plus sollicité. La section rythmique fournit un accompagnement idéal, engagé et à la précision chirurgicale.

Pour Miri Chterna ( « Mon étoile » en langue Sinti) Tchavolo Schmitt n’a certes pas choisi le répertoire le plus original mais tout simplement celui qui lui ressemble, sa marque de fabrique pour ainsi dire. A regarder la liste des titres, tout bon aficionado du swing manouche sait d’ailleurs immédiatement de qui l’on parle ! « Seul ce soir », « The Sheik of Araby », « Them There Eyes », « Coucou », « J’attendrai »… Bref, vous avez compris.

A l’image de son album culte Miri Familia évoqué plus haut, la prise de son du disque est très directe et naturelle. Elle met en valeur le son des guitares, de la contrebasse, des cordes (un joli quatuor vient planer sur « J’attendrai ») mais aussi de la clarinette de César Poirier (« It Had to Be You », « Them There eyes ») ou du piano de Bastien Brison (« September Song », « Billets doux »).

A vrai dire, on écoute pas Tchavolo pour de l’innovation permanente ou des harmonies sophistiquées, comme on irait goûter de la cuisine moléculaire (Le dernier Bireli Lagrène « Solo suites », par exemple, serait davantage dans cet esprit). Non, mais même si le civet de la grand-mère a toujours le même goût, c’est fou de voir à quel point il demeure savoureux et sans aucun égal. Tchavolo s’écoute un peu comme on écouterait un bluesman authentique : plus que les mots ou les notes, c’est l’esprit (ce swing électrique) qui touche l’auditeur et lui imprime sa marque, même une fois que la musique s’arrête de jouer.

Miri Chterna aura donc sa place dans votre discothèque, a fortiori si vous n’avez encore aucun album de Tchavolo.

Documentaire sur Roger Chaput (Feat. Django Reinhardt)

Visuel des crédits de "Juste avant que j'oublie", Documentaire sur Roger Chaput réalisé par Gilles Réa

Le guitariste de jazz Gilles Rea vient de réaliser un documentaire sur Roger Chaput, guitariste ayant notamment joué dans le Hot Club de France. Visible sur Youtube et richement illustré par de nombreux documents d’époque, ce documentaire est en grande partie basé sur un enregistrement réalisé par Dominique Cravic. Ne vous étonnez donc pas si le visuel du film ci-dessus a des réminiscences d’iconographie primitive et futuriste à la fois (comprenne qui pourra).

Il s’agit donc d’un témoignage sur cassette audio dans lequel Roger Chaput, véritable titi parisien, raconte sa carrière de musicien. Remise en contexte, anecdotes savoureuses, astuces du « métier », évocation de Django Reinhardt… Découvrez-le ici sur Youtube.

Pensez aussi à visiter le site de Gilles Rea (mine d’or pédagogique autour de la guitare jazz proposant de nombreuses transcriptions) et à soutenir ses initiatives en faisant un don.

French jazz guitarist Gilles Rea has just finished a documentary about Roger Chaput, former Quintette of the Hot Club of France member. Available on Youtube, this documentary is illustrated with heaps of documents from the musette and swing era. It is based on an audio recording of Roger Chaput made by another guitarist, Dominique Cravic (leader of the famous Primitifs du futur band).

In this audio cassette recording, Roger Chaput tells about his career as a musician with a delicious parisian accent (french speakers will appreciate). Context, anecdotes, musician tips and tricks, memories of Django Reinhardt… You can watch it on Youtube.

Please also visit Gilles Rea’s website (a jazz guitar material goldmine, with heaps of transcriptions) and to support him by making a donation.

Photos et documents inédits de Django Reinhardt !

DJango Reinhardt et Dizzy Gillespie à Bruxelles, la rose noire en 1953

1. Des découvertes régulières

On ne se lassera jamais et l’on ne cessera de s’étonner que la source de documents inédits (ou exhumés) concernant Django Reinhardt ne soit pas encore tarie. L’artiste est décédé en 1953 et pourtant, régulièrement, des photos continuent à refaire surface pour la plus grande joie des aficionados et des collectionneurs. Hélas, à l’instar de Charlie Parker, les découvertes de nouvelles images filmées restent aussi rares qu’une pluie dans le désert d’Atacama. Bref, les photos, disions-nous… Voici une série d’inédits mis au jour depuis l’été 2020 et janvier 2021.

We will never be bored nor stop being astonished that previously unseen or rare Django Reinhardt documents’ well still didn’t dried up. The arstist died in 1953 and yet, regurlarly, photos keep resurfacing to the greatest delight of fans and collectors. Alas, as for Charlie Parker, finds of new film footage remain as scarce as rain in the Atacama desert. Here is a series of previously unseen documents discovered beetween summer 2020 and january 2021.

2. Photos inédites de Django Reinhardt

Commençons par cette photo vue par Guillaume Lesigne sur Ebay en mars 2021 et qui représente Django Reinhardt, tout sourire devant l’affiche de son concert imminent au cinéma Le Cameo, 32 Boulevard des Italiens dans le neuvième arrondissement de Paris. Le grain de la photo, de mauvaise qualité, pourrait laisser penser à photo d’écran ou à une image tirée d’un film. Quoiqu’il en soit, voici le cliché d’un artiste aux anges et au faîte de sa gloire. En cette période d’occupation, Django Reinhardt était un artiste des plus populaires aux côtés d’Edith Piaf ou de Maurice Chevalier.

Photo du nouveau Quintette du Hot Club de France sur la scène du Cameo, le 22 février 1944. Django Reinhardt joue sur sa guitare Selmer et on reconnaît notamment Emmanuel Soudieux à la basse. Probablement Gérard Levêcque à la clarinette.

Passons maintenant à un contexte beaucoup plus décontracté et familial. Merci à Pierre Vées qui a diffusé sur les réseaux sociaux ce cliché privé de Django aux côtés de la famille de Tchavolo Vées (frère d’Eugène « Ninine » Vées).

Thanks to Pierre Vées who shared on social networks this photo of Django alongside Tchavolo Vées’ family. Tchavolo was Eugène « Ninine » Vées’ brother.

A présent, attardons-nous sur cette photo découverte par le guitariste Jan Brouwer, publiée sur un site consacré au batteur Al Jones. Ce cliché témoigne d’une rencontre qui mériterait d’inventer la machine à remonter le temps. Il a été pris à la rose noire, club de jazz bruxellois, en mars 1953. Ce club se situait Petite rue des bouchers, à deux pas de la grand place. Il accueilli les plus grands jazzmen de passage à la capitale belge : Count Basie, Charlie Parker, Clifford Brown, Roy Eldridge… ainsi que Dizzy Gillespie et Django Reinhardt. On savait (photo à l’appui) que Django avait rejoint Dizzy sur scène pour jouer « Perdido ». La configuration de cette photo est clairement différente de celle du concert de Gillespie.

Les acolytes ont-ils jammé au club après le concert de Dizzy ? Etait-ce dans le cadre d’une programmation à « la rose noire » ? S’étaient-ils revus lorsque Gillespie a joué quelques semaines auparavant, le 9 février, à Paris (Salle Pleyel) ?

Let’s now take the time to look at this picture discovered by guitarist Jan Brouwer on a website dedicated to the drummer Al Jones. This photo is a testimony of an encounter worth the invention of a time machine. It was taken at « la rose noire » (the black rose), Brussels jazz club, in March 1953. This club was located Petite rue des bouchers, close to the main square. It welcomed the greatest jazz musicians that toured the Belgian capital in the 50’s: Count Basie, Charlie Parker, Clifford Brown, Roy Eldridge… as well as Dizzy Gillespie and Django Reinhardt. We knew (photo supported) that Django had joined Dizzy on stage to play « Perdido » during one of the trumpettist’s concert. The configuration of the venue is clearly different to the one of the Gillespie concert. Did they jam in this club after Dizzy’s concert? Was it for a gig? Did Django and Dizzy met when Gillespie played at the Salle Pleyel in Paris a few weeks before on february 9th?

3. Articles et interviews

Remercions à présent Antoine « Gatsby » du site « djangoreinhardtdanslapresse » d’avoir déniché ces documents oubliés depuis leur parution ! Ils ont été publiés par le site Gallica de la Bibliothèque Nationale de France. N’hésitez pas à aller y jeter un oeil pour puisque les découvertes sont encore possibles !

Voici tout d’abord un article réjouissant, avec photo, paru dans « Compagnons » le 10 septembre 1942 :

Let us now thank Antoine « Gatsby », from the « djangoreinhardtdanslapresse » website, for finding these documents, never seen again since their publication! They were published by Gallica, the Bibliothèque Nationale de France (French national library) website. Don’t hesitate to take a look at it since discoveries are obviously still possible!

First, here is a delightful article, with a photo, published in « Companions » on september 10th, 1942:

Ensuite, un cliché de Django et son premier fils Lousson, s’amusant avec un 3e homme. Lousson joue sur une guitare à 4 cordes. On devine l’emblème des Etats-Unis sur le mur. Paru en 1948.

Now for a picture of Django and his first son Lousson, having fun with a third man. Lousson is playing a four stringed guitar. We can see a part of the United Sates emblem on the wall. First published in 1948.

4. Un document exceptionnel – le programme du premier festival de Jazz au monde, autographié par les légendes du jazz.

Ce programme du festival de jazz de Nice de 1948 (premier festival de jazz au monde !) à de quoi faire rêver… On y reconnaît, entre autres, les signatures de Louis Armstrong, Django Reinhardt, Stéphane Grappelli, Hugues Panassié, Mezz Mezrow, Baby Dodds, Lucky Thompson…

This 1948 Nice Jazz festival program (first ever jazz festival in the world!) is something to dream of… We can identify, among others, the signatures of Louis Armstrong, Django Reinhardt, Stéphane Grappelli, Hugues Panassié, Mezz Mezrow, Baby Dodds, Lucky Thompson…

Video « Lady be Good » (live au Charlie)

Joli souvenir d’un passage le 18 janvier à la jam du Charlie sur invitation du talentueux Arsène Charry, en compagnie du bassiste Gabriel Seyer. Vivre à Paris n’est pas toujours facile mais son titre de capitale du jazz manouche n’est pas usurpée avec quasiment une jam par jour de la semaine. Un régal pour les Djangophiles !

Nice memory from a jam at Le Charlie, last january 18th, with young, talentful Arsène Charry on guitar and Gabriel Seyer on bass. Living in Paris is not always easy but it still deserves its title of Gypsy Swing capital city with one jam session per day of the week. A treat for all djangomaniacs!

Sorties albums jazz manouche : la sélection

L’avantage d’avoir son propre site, c’est de pouvoir chroniquer en totale liberté et à son rythme ! J’aimerais donc partager avec vous deux beaux albums publiés récemment. J’ai été peu prolixe ces derniers mois sur le site alors je me suis dit qu’un tir groupé ne ferait pas de mal.


Drom Blanchard Quartet avec Paul Guta :« Nostalgie du voyage »

Si vous cherchez un album 100 % jazz manouche au lait cru et viande de poignet bio, arrêtez-vous tout de suite ! Du pur plaisir, sans complexes avec cet album qui brûle de bout en bout d’un feu manouche, gitan, tsigane… L’engagement et la clarté d’exécution y sont brillants. Musique de genre, de répertoire, folklore ? Oui et alors ? Lorsque c’est si bien réalisé, que le swing vous prend et que les harmonies vous chatouillent les oreilles en direct du coeur, a-t-on vraiment besoin de plus ? Voici donc un disque authentique et vrai, à écouter et à offrir à tous ceux désireux de s’initier au jazz manouche.

Pour commander le disque : https://www.dromblanchardtrio.com/contact-c20x9


Christophe Astolfi et son quartet : « Joue les inédits de Pierre »Baro » Ferre« 

Voilà le disque d’un esthète pour qui la musique est une chose sérieuse. On rappellera l’excellence de son album « Christophe Astolfi et son trio jouent des valses » qui devrait faire partie de n’importe quelle discothèque « manouche » digne de ce nom. Avec cet album, Christophe Astolfi met au jour des compositions inédites de Baro Ferré. Oui vous avez bien lu : le créateur de la « valse Be-bop » sûrement la figure la plus originale après Django dans la galaxie musicale gitano-manouche. Avec cet authentique exercice de style, Astolfi a monté ces pièces dans l’esprit du « Swing Valses d’hier et d’aujourd’hui » de Baro Ferré, paru chez Vogue (le label de Charles Delaunay) en 1966. Chacun appréciera ou non la mise en forme quasi à l’identique mais finalement la cohérence l’emporte sur les considérations esthétiques de chacun. C’est par conséquent l’idéal complément du disque de Baro Ferré, nous rappellant combien le guitariste avait un univers extrêmement singulier et original. On appréciera particulièrement la photo de couverture et le travail de graphisme, au point que l’on aurait du mal à imaginer autre chose. C’est très bien vu… et très bien joué, dans tous les sens du terme !

Pour commander le disque : https://christopheastolfi.com/boutique/album-christophe-astolfi-inedits-baro-ferre/